L’Orgue Ludwig Bonn
de l’église de Cheviré-Le-Rouge (Baugé-en-Anjou)
L’orgue de l’église Saint-Médard de Cheviré-Le-Rouge est un instrument tout à fait caractéristique renfermant un potentiel sonore qui le classe dans la famille des orgues dits de transition. Ces orgues sont à la charnière entre la période classique et la période romantique. Ils héritent de la tradition des sonorités des orgues français et introduisent les sonorités nouvelles de l’orgue romantique.
Chronologie
1865 – construction
Construction et installation de l’orgue dans l’église Saint-Médard de Cheviré-le-Rouge par Ludwig Bonn en 1865.
1876 – modifications
Remplacement de la console en fenêtre située à l’arriere de l’instrument par une nouvelle console retournée, par Louis Debierre en 1876.
1948 – Relevage
A la demande de Marcel Dupré, pour le mariage de sa fille dans l’église de Cheviré-le-Rouge, un relevage de l’orgue est assurée par Jean Perroux, dernier harmoniste d’Aristide Cavaillé-Coll..
1962 – modifications
Ajout d’un jeu de Soubasse 16’ à la pédale par Jean Jonet.
21 juin 2025 – Inauguration
Bénédiction par Monseigneur Emmanuel Delmas
et inauguration par Philippe Chalopin, maire de Baugé-en-Anjou, suite aux travaux réalisés entre 2019 et 2024 pour la restauration de la partie instrumentale et reconstruction à neuf du buffet.
Maître d’ouvrage : Baugé-en-Anjou
Maître d’œuvre : Roland Galtier
Facteur d’orgue : Hubert Brayé (mécanique et tuyauterie)
Ebéniste : Florian Proust (buffet)
Façade : Denis Epié (dessin)
Montant de l’opération : 144.300 €
De l’effervescence sous le Second Empire…
Comme bon nombre de communes angevines, c’est sous le Second Empire que Cheviré-Le-Rouge connut un essor remarquable, sur le plan démographique, architectural et culturel.
Parmi les figures qui marquèrent l’histoire locale, on peut citer le père François MÉNARD, curé de la paroisse et Joséphine GRIMAULT. L’ensemble des ouvrages dont ils ont été les maîtres d’œuvre et généreux bienfaiteurs subsiste encore et constitue le patrimoine local : un grand projet de reconstruction en style ogival rayonnant du transept et de la nef de l’église Saint-Médard est ainsi mené entre 1854 et 1857 ; en 1858 puis 1879, un programme de parrainage ayant pour but de doter le beffroi de l’église de trois cloches permet d’associer à ce grand projet de revitalisation des personnalités telles que Joseph de la BOUILLERIE, ancien député et ministre de MAC MAHON, propriétaire du château de la Roche Hue, à Cheviré-le- Rouge.
C’est dans ce contexte effervescent qu’est acquis en 1865 un orgue à tuyaux de deux claviers construit par Ludwig BONN, facteur d’orgue allemand installé à Tours. Cet instrument subit plusieurs remaniements réalisés en 1875 par Louis DEBIERRE, facteur d’orgue nantais.

…à Marcel Dupré

Entre 1948 et 1962, c’est sous l’influence d’un artiste mondialement connu que cet instrument se fait entendre et se développe : l’organiste Marcel DUPRÉ, professeur au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris, fait restaurer l’orgue de Cheviré-le-Rouge en prévision du mariage de sa fille Marguerite et Emmanuel TOLLET, tous deux occupant le château de la Roche Hue. Les travaux sont réalisés par le facteur d’orgues Jean PERROUX et l’inauguration de l’instrument restauré est assurée par Marcel DUPRÉ le vendredi 2 avril 1948. Le jour de la cérémonie de mariage, « Epithalame » (une œuvre écrite par le maître à l’occasion des fiançailles des jeunes mariés) est interprétée par son élève Marcel LANQUETUIT, titulaire de l’orgue de la cathédrale de Rouen. La même année, Marcel DUPRÉ compose un offertoire lors d’une tournée aux USA à la demande de sa fille, organiste de la paroisse. Plus tard, en 1953, l’organiste fait à nouveau intervenir Jean PERROUX pour l’installation d’un ventilateur électrique et l’adjonction d’une Soubasse 16′ et d’une Flûte 8′ au pédalier.
Biographie de Marcel Dupré :
Organiste et compositeur français (Rouen 1886 – Meudon 1971)
Toute sa famille fut musicienne : ses deux grand-pères organistes à Rouen (à Saint-Maclou et à Saint-Patrice), son père organiste à l’Immaculée-Conception d’Elbeuf, puis à Saint-Ouen de Rouen, sa mère pianiste et violoncelliste. Aussi ses dons très précoces furent-ils encouragés et développés : à huit ans, il se produisit déjà en concert, et à douze ans il fut nommé organiste titulaire à l’église Saint-Vivien de Rouen. Il travailla ensuite avec Guilmant, puis avec Vierne, Widor et Diémer. Au Conservatoire de Paris, il remporta les prix de contrepoint, de fugue et d’orgue, tout en suppléant déjà Widor à Saint-Sulpice (1906). En 1914, ce fut la consécration officielle du premier grand prix de Rome. Au lendemain de la Grande Guerre, Dupré devint le premier virtuose international de l’orgue. Dès 1920, il donna au Conservatoire, en dix récitals, la première audition intégrale de l’œuvre d’orgue de Bach, qu’il exécuta de mémoire. Il fit des tournées dans tous les pays, totalisant plus de deux mille concerts de par le monde, dont huit cents aux seuls États-Unis, tout en poursuivant ses activités françaises de professeur et de musicien : professeur d’orgue et d’improvisation au Conservatoire de Paris (1926), à l’École normale de musique de Paris, titulaire de l’orgue de Saint-Sulpice (1934), directeur général du conservatoire américain de Fontainebleau (1947), directeur du Conservatoire national supérieur de musique de Paris (1954-1956), directeur du Comité national de la musique. En 1956, il fut élu à l’Académie des beaux-arts.Sa virtuosité confondante l’a fait surnommer le « Liszt de l’orgue » par son élève Olivier Messiaen ; il possédait en effet une maîtrise absolue de ses gestes et de sa pensée, maîtrise qu’il a transmise à ses nombreux et brillants élèves ; toute la jeune école d’orgue française, l’une des meilleures au monde, lui est redevable à un titre ou à un autre. Cette maîtrise en faisait un prodigieux technicien de l’improvisation : il pouvait créer sur l’instant des développements musicaux dans les formes les plus complexes, fugue, canon, sonate en trio, choral orné, symphonie, etc. Son œuvre de compositeur se ressent de cette virtuosité intellectuelle, et tend à laisser dans l’ombre l’expression de sa sensibilité personnelle au profit de préoccupations formelles qui sont allées croissant dans son évolution.
Sources : dictionnaire Larousse
Projet de restauration
Un projet de renaissance de longue haleine
La fréquentation des concerts organisés à partir de 2015 a démontré la ferveur du public et l’intérêt de celui-ci pour la sauvegarde d’un instrument chargé d’histoire. Cette renaissance culturelle a été rendue possible grâce à l’appui d’André GUEVARA, maire – très à l’écoute – de la commune déléguée de Cheviré-le-Rouge, de 2008 à 2020. Depuis l’intégration de Cheviré-le-Rouge à Baugé-en-Anjou, le projet initié par les Amis de l’Orgue s’est structuré et a connu un nouvel essor sous l’impulsion de Philippe CHALOPIN, maire de la commune nouvelle : une souscription publique a été lancée et la ville de Baugé-en-Anjou s’est engagée en faveur d’un programme ambitieux de restauration de l’orgue. Je tiens donc à rendre hommage à nos deux édiles pour leur confiance et les précieux soutiens qu’ils ont accordé à ce projet patrimonial et culturel, tant sur le plan financier qu’organisationnel. Je souhaite également remercier l’ensemble des bénévoles de l’association et les donateurs sans qui ce projet n’aurait pas existé. Denis ÉPIÉ, |

Un facteur d’orgue alsacien pour l’orgue BONN de Cheviré-le-Rouge
Ce projet, initié par notre association en 2015 et mené par la ville de Baugé-en-Anjou, entre en phase opérationnelle en novembre 2019, sous la maîtrise d’œuvre de Roland GALTIER, technicien conseil agréé par la DRAC. L’instrument est démonté, dépoussiéré puis placé en lieu sécurisé après un inventaire détaillé.
En novembre 2023, la ville de Baugé-en-Anjou confie le projet de restauration au facteur d’orgue alsacien Hubert BRAYÉ.
Les travaux réalisés poursuivent un double objectif : faire revivre cet orgue qui a naturellement vieilli, mais aussi, doter la commune d’un instrument ouvert à des pratiques culturelles étendues.
Photo OMB : Hubert Brayé et deux de ses compagnons.
De la restauration de la partie instrumentale, à la fabrication d’un nouveau buffet
Au cours de l’année 2024, l’orgue sur lequel l’organiste Marcel DUPRÉ a régulièrement joué et composé est restauré par Hubert BRAYÉ, avec ses jeux d’époque, sa mécanique, et son clavier et demi, augmenté d’un clavier en réservation.
Il est protégé par un nouveau buffet et fabriqué bénévolement par l’ébéniste Florian PROUST, suivant les plans de réalisation conçus par le facteur d’orgue, à partir du dessin de façade réalisé par Denis ÉPIÉ, président de l’association des Amis de l’Orgue. Les matériaux de ce buffet et les nouveaux tuyaux de Montre sont financés par l’association, grâce aux généreux dons de ses membres.
Photo OMB : Hubert Brayé, Denis Epié et Florian Proust.

Financement
Coût des travaux de la première phase : 144 300 € (partie instrumentale 117 800 € + buffet 26 500 €)
Financement :
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| 96 800 € | 26 500 € | 18 000 € | 4 000 € |
Description de l’instrument
Partie instrumentale
Partie instrumentale restaurée en 2024 par le facteur d’orgues alsacien Hubert Brayé.
Console en fenêtre constituée de 3 claviers + pédalier.
Transmission : Mécanique.
Tirage des jeux : Mécanique.
Tempérament : égal
Diapason : +/- 439 Hz, suivant température de l’église
11 jeux répartis sur deux claviers manuels (un clavier supplémentaire et pédalier en réservation)
| I – Grand orgue C1-F5 (54 notes) – 7 jeux |
II – Récit expressif C1-F5 (54 notes) |
III – Récit classique F2-F5 (37 notes) – 4 jeux |
Pédale C1-F3 (30 notes) |
| 1 – Montre 8’ 2 – Flûte 8’ 3 – Bourdon 8’ 4 – Prestant 4’ 5 – Doublette 2’ 6 – Plein-jeu III 7 – Trompette 8’ |
Réservation (phase 2) 7 registres |
1 – Flûte 8’ 2 – Flûte 4’ 3 – Cornet III 4 – Hautbois 8’ |
Réservation (phase 2) 4 registres |
Accessoires :
Buffet
Buffet en chêne fabriqué par l’ébéniste Florian Proust, d’après le dessin de façade réalisé par Denis Epié et les plans détaillés du facteur d’orgues.
Phase 2 : un projet en attente de financement
Adjonction de deux nouveaux plans sonores
Doté d’un clavier supplémentaire, l’orgue bénéficiera d’une seconde phase de travaux permettant l’extension de cet instrument jusqu’à 22 jeux, avec deux nouveaux plans sonores : un récit expressif de 54 notes ainsi qu’un sommier dédié au pédalier.
Grâce à cette réalisation, la ville de Baugé-en-Anjou disposera d’un orgue ouvert à des pratiques culturelles étendues. En effet, à terme, cet instrument permettra d’exécuter une large étendue de musique, allant du baroque au contemporain, ce qui n’était pas possible jusqu’ici.
En plus des pratiques cultuelles, les usages pourront également se diversifier : concerts, enseignement (classe d’orgue, conférences, auditions, académie d’improvisation…), ou encore enregistrements.
Composition à l’issue de la phase 2 :
22 jeux répartis sur trois claviers manuels et un pédalier
| I – Grand orgue 54 notes – 7 jeux |
II – Récit expressif 54 notes – 7 jeux |
III – Récit classique 37 notes – 4 jeux |
Pédale 30 notes – 4 jeux |
| 1 – Montre 8’ 2 – Flûte 8’ 3 – Bourdon 8’ 4 – Prestant 4’ 5 – Doublette 2’ 6 – Plein-jeu III 7 – Trompette 8’ |
1 – Flûte 8’ 2 – Salicional 8’ 3 – Voix céleste 8’ 4 – Flûte 4’ 5 – Quinte 2 ⅔ 6 – Clarinette 8’ 7 – Voix humaine 8’ Tremblant |
1 – Flûte 8’ 2 – Flûte 4’ 3 – Cornet III 4 – Hautbois 8’ |
1 – Soubasse 16’ 2 – Flûte 8’ 3 – Violoncelle 8′ 4 – Trompette 8’ |

Le projet de restauration de l’orgue de l’église de Cheviré-le-Rouge est longtemps demeuré le graal de quelques passionnés. Plusieurs devis ont été établis et des campagnes de sensibilisation ont été menées au début des années 1980 puis 1990, mais ces tentatives sont restées infructueuses jusqu’à la création de l’association des Amis de l’Orgue en décembre 2014.


